En marge des tendances actuelles, François Maîtrejean, alias Holtz, explore la musique électronique depuis plus de 20 ans. Graphiste de formation, il crée des univers où image et ambiance sonore se mêlent, construits sur des synthétiseurs et boîtes à rythmes analogiques. Rencontre avec un artiste qui façonne ses sons avec les outils du passé.
Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Passionné de musique et collectionneur de galettes noires, je tourne des boutons depuis 20 ans, en marge des carcans et des tendances. Ma formation de graphiste me permet de conceptualiser et de mettre en image mes compositions. Après des apparitions sur de nombreuses compilations et la sortie d’un premier album sur Transient Force Records, l’indépendance s’est imposée avec la création de « Les Disques Cockpit » il y a maintenant 10 ans. La plupart des productions sont signées sous l’alias « Holtz » (contraction de Hertz et de Volt), mais d’autres pseudonymes existent et chacun est dédié à un style particulier.
Comment est né votre intérêt pour la musique électronique ?
Tout a basculé en écoutant des copains plus âgés parler musique avec passion, sans rien y comprendre. Puis ils m’ont fait écouter… et là, révélation ! Des artistes énigmatiques, des sons venus de l’espace, des rythmes ultra-syncopés et des visuels qui marquent m’ont rendu accro instantanément. J’avais des tonnes de questions… et l’envie de comprendre comment reproduire ces sons. Très vite, j’ai harcelé mes potes et pillé le Discobus pour récupérer des cassettes, les copier et les disséquer sur mon Walkman. Une boulimie insatiable qui s’est accentuée plus tard avec l’avènement d’internet.
L’électro est tournée vers le futur, mais je reviens sans cesse puiser dans le passé.
François Maîtrejean
Qui sont les musiciens, compositeurs et/ou genres musicaux qui vous ont donné envie de vous lancer dans la musique ?
Les premières K7 qu’on m’a prêté resteront toujours particulières pour moi (« Adult – Rescusitation » sur Ersatz Audio et le label « Invasion Planete »). Mais… en vrac je peux citer Dopplereffekt, Kraftwerk, DAF, Dmx Krew, Anthony Rother, Fad Gadget, Luke Eargoggle, Drexciya, Telex, Aux88, Joy Division… L’électro est tournée vers le futur, mais je reviens sans cesse puiser dans le passé.
Quelles sont vos influences actuelles ?
Cela va du jazz (Yussef Dayes, Sven Wunder, Polyrhythmics…) aux musiques du monde arabe (Ahmed Malek, Roger Fakhr, Retro Cassetta…) en passant par la scène roots reggae (Yabby You, Horace Andy, Marcus Gad…) et bien sûr l’électro (Cem3340, Larionov, Noamm…).

Vous travaillez essentiellement avec des machines électroniques rétro. Quels types de machines utilisez-vous ?
Le renouvellement du matériel est un bon moyen de stimuler la créativité. J’ai eu beaucoup d’instruments entre les mains : Moog, Roland, Oberheim, Korg, Yamaha… Mon travail repose sur des synthés et boîtes à rythmes analogiques qui utilisent une technologie vieille de plus de 50 ans : la synthèse soustractive. La curiosité pour les nouvelles technologies est bien présente, mais je finis toujours par m’en lasser.
En quoi influencent-elles votre son par rapport aux outils numériques modernes ?
Les synthés vintage, c’est d’abord un look unique, de vrais objets de collection. Leur form factor, avec de larges potards, permet une manipulation instinctive, loin des sous-menus interminables. Le son qu’ils produisent est riche en harmonique, rond, chaleureux et vivant, souvent enrichi par l’usure naturelle des composants qui ajoutent une touche d’imperfection unique. Si les avancées technologiques permettent aujourd’hui d’émuler ces sonorités avec une grande précision, rien selon moi ne remplacera jamais un instrument physique chargé d’histoire. L’expression est directe quand chaque potard est dédié à une seule fonction et que tout est accessible d’un coup d’œil. De plus, les contraintes techniques de certaines machines d’époque deviennent un moteur d’inventivité qui incitent à expérimenter et à repousser les limites.
Comment se déroule le processus de création, du premier son jusqu’à la version finale ?
La création d’un album commence toujours par un concept : une histoire ou un sentiment à traduire. La direction est souvent claire, avec une vision déjà bien définie dès le départ. Tout commence par un gimmick ou une séquence rythmique répétitive, sur laquelle vient s’ajouter uniquement l’essentiel pour faire passer le message. Pas question de saturer les morceaux d’effets inutiles ou de les étirer sur 10 minutes sans que ça n’ait un sens : l’objectif est d’aller droit au but. Les compositions se veulent simples et efficaces, cherchant à atteindre le maximum d’impact avec le minimum d’éléments. L’enregistrement se fait souvent en une prise avant de passer à la structure du morceau puis au mixage.
Comment décririez-vous Impact, votre dernier album sorti en décembre 2024 ?

C’est le dixième sous le pseudonyme « Holtz », un album étant sorti en k7 sur un label ami (Idio(t)phone records ). Les concepts développés dans mes albums restent volontairement masqués, laissant la liberté d’interprétation à l’auditeur. C’est pourquoi les morceaux sont nommés par des numéros : le visuel de la pochette, le titre de l’album et l’ambiance sonore suffisent à orienter l’imaginaire. Dans Impact, le contexte géopolitique actuel s’est invité naturellement, avec une double lecture, un second degré de compréhension (souvent graphique). Chaque album s’inscrit, malgré lui, dans la continuité du précédent, formant un récit évolutif dont la suite reste encore à écrire. Je ne me prends pas trop au sérieux mais c’est tout de même important de donner du sens.
Avez-vous des événements prévus prochainement ?
Le matériel souvent capricieux que j’utilise n’est pas vraiment adapté au live et une place sur scène n’est définitivement plus un de mes objectifs. Les différents projets peuvent être retrouvés sur la plateforme Discogs. Quant à la discographie, tout est disponible sur Bandcamp (en digital et certains en cd).