L’artiste du mois : Alessia Bicchielli

Originaire du Grand-Duché de Luxembourg, Alessia Bicchielli développe une pratique artistique à la croisée du textile, de l’installation et du design de mode. Formée au Luxembourg, à Milan et à Trèves, elle explore des thématiques parfois brutes, sensibles et même taboues, avec l’intention d’éveiller une réaction et de provoquer des émotions chez le spectateur. 

  • Pouvez-vous nous présenter votre parcours et les étapes qui l’ont défini ?

Originaire du Luxembourg, mon parcours a toujours été guidé par une profonde sensibilité artistique. J’ai commencé mes études à l’école des Arts et Métiers, en section artistique, ce qui m’a permis de poser les premières bases de ma démarche. L’un des premiers tournants décisifs a eu lieu à 17 ans. Après deux ans en section commerce, j’ai eu le courage de reconnaître que ce chemin ne me correspondait pas. J’ai donc changé d’école, ce qui a été essentiel pour m’aligner avec ma créativité.

Désireuse d’approfondir ma passion pour la mode, j’ai poursuivi mes études à Milan en 2019 à l’Istituto Europeo di Design, où j’ai obtenu un Bachelor. Cette expérience très intense m’a poussée dans mes retranchements créatifs et personnels , m’amenant à m’interroger sur mon identité de créatrice. Cette période exigeante m’a permis de développer une réelle maturité et une grande discipline dans mon travail. J’y ai aussi effectué un stage en tant que conseillère en marques, vente et communication.

Cependant, je me suis heurtée à la précarité des opportunités professionnelles à Milan, souvent non rémunérées. Consciente de la valeur de mon travail, j’ai décidé de rentrer au Luxembourg en 2023 pour me recentrer. Ce retour a marqué un tournant, ravivant ma passion première pour l’art. Les périodes de transition et de doute ont éveillé en moi un besoin de retour à l’essentiel, à une forme d’expression plus instinctive. J’ai alors commencé à créer des installations artistiques à grande échelle et à participer à mes premières expositions.

Dans cette même dynamique, j’ai intégré un Master en design de mode à la Hochschule de Trèves pour approfondir mes compétences techniques. En 2024, j’ai également effectué un stage de six mois chez le créateur Nadav Perlman à Anvers. Actuellement, je termine mon Master tout en poursuivant mon activité artistique à travers des expositions, des projets personnels et des commandes en freelance.

  • Qu’est-ce qui vous a menée de la mode vers une pratique plus artistique ?

Depuis toute petite, j’étais fascinée par l’univers de la mode ; je passais des heures à dessiner les mannequins que je voyais à la télévision. Ce fut ma première porte d’entrée dans la création. Cependant, ma formation artistique m’a ouverte à une dimension plus profonde. En découvrant les grands artistes, j’ai compris que l’art est un langage intime, le miroir d’une époque, reflétant un contexte historique, une culture et des ressentis personnels. C’est cette possibilité d’exprimer mes émotions et réflexions avec mes mains qui m’a attirée. J’ai alors voulu apprendre les techniques pour traduire ces émotions, à travers le vêtement ou des formes plus libres. La mode reste présente, mais dans une approche plus expérimentale et introspective.

  • Y a-t-il eu un moment déclencheur qui vous a poussée à la création ?

Plutôt qu’un moment unique, c’est un ensemble de ressentis intérieurs qui m’ont naturellement menée vers la création. J’ai toujours ressenti le besoin d’être différente, de ne pas suivre les chemins tout tracés. Pour moi, la création est une forme de langage, un acte de service qui me permet de transmettre quelque chose d’intime et de sincère. C’est aussi un geste profondément thérapeutique. C’est avec mes mains que j’arrive à donner forme à mes émotions, mes peurs et les moments difficiles, pour les accueillir et les transformer. Cet élan créatif est donc vital, un moyen d’expression qui m’apaise et me rend profondément heureuse.

  • Comment décririez-vous votre univers artistique et les thématiques que vous explorez ?

Mon travail est avant tout expressif et émotionnel, ancré dans des expériences personnelles et des observations de la société. J’explore des thématiques parfois brutes ou taboues pour provoquer une émotion authentique chez le spectateur. Mon univers est abstrait et conceptuel, souvent construit autour de la matière et de la forme. Je cherche à questionner les normes et à ouvrir des dialogues sur des sujets souvent tus. Mon esthétique oscille entre fragilité et force, chaos et maîtrise.

Je m’intéresse avant tout à la fragilité, à la vulnérabilité et aux émotions. J’essaie de traduire l’impact de notre monde frénétique sur nos relations et notre état mental. La condition féminine, la force intérieure, le doute et la solitude occupent une place centrale. J’aborde aussi l’esprit du temps (zeitgeist) en remettant en question les normes sociétales. Je veux que mes œuvres soient des terrains d’écho où chacun peut projeter ses propres émotions et y trouver une forme de résonance.

  • Comment se déroule votre processus créatif ?

Mon processus commence de manière très structurée, car mes projets sont souvent longs et complexes. Tout part d’un mot ou d’une idée, autour duquel je construis un réseau de mots-clés qui me sert de boussole. Je collecte ensuite des matériaux, des visuels de référence et j’explore mes idées à travers des esquisses et des expérimentations. Une fois ce cadre bien défini, je me détache des références et laisse l’intuition prendre le relais. C’est à ce moment que les choses les plus imprévues et vivantes se produisent. Je ne sais jamais exactement quel sera le résultat, ce qui rend chaque création stimulante. Les problèmes techniques font partie intégrante du processus et m’obligent à m’adapter et à inventer.

  • Quels sont vos matériaux de prédilection ?

Je travaille principalement avec des cordes et des fils de toutes sortes, bruts ou raffinés. J’utilise aussi des tissus récupérés ou choisis pour leur symbolique, ainsi que de la peinture que j’applique sur les structures. Ces matériaux ont en commun leur souplesse et leur capacité à être tissés, noués ou tendus. Ce sont des matières vivantes qui réagissent au geste et me permettent de créer des œuvres physiques et sensibles.

  • Quels sont vos projets actuels et vos collaborations ?

En ce moment, je finalise ma collection de thèse pour mon Master, un projet très personnel. Parallèlement, je travaille sur une commande d’installation en macramé à grande échelle.

Enfin, je développe une collection capsule en collaboration avec LAÔMA ATELIER, un duo de créatrices de bijoux basé au Luxembourg. Ce projet mêle vêtement et bijou, où ce dernier devient l’élément central de la narration et du design. C’est une collaboration stimulante qui me permet de croiser mon univers textile avec leur savoir-faire en joaillerie contemporaine.

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