L’artiste du mois : Jezero

Pour Jezero, l’art s’est imposé très tôt comme une nécessité plutôt qu’un choix. Ce plasticien développe un univers fantastique où formes tentaculaires et motifs organiques s’entrecroisent. Membre du collectif Balaclava à Virton, il explore aujourd’hui des formes de création hybrides, mêlant le trait, le volume et la matière.

  • Pour commencer, pouvez-vous nous parler un peu de vous et de ce qui vous a mené à devenir artiste ?

Je n’ai jamais vraiment décidé de devenir artiste. Je préfère d’ailleurs le terme « plasticien » que je trouve plus juste et moins galvaudé. C’est quelque chose qui s’est imposé à moi assez naturellement. J’ai commencé à dessiner enfant puis, il y a eu une pause, une sorte de « dark age ». J’ai repris plus sérieusement vers mes 14 ans. C’était vraiment un besoin. Plus tard, je suis parti en France d’abord, puis à Bruxelles. À 21 ans, j’ai commencé à fréquenter des milieux artistiques, à exposer, à travailler dans une galerie d’art fantastique. J’ai même eu la chance de rencontre H.R. Giger, l’artiste suisse oscarisé pour le design de la créature d’Alien. Et puis une nouvelle pause : mariage, enfant, boulot… En 2021, je me suis dit que c’était le moment de m’y remettre vraiment.

  • C’est à ce moment-là que vous intégrez le collectif Balaclava ?

Oui, c’est arrivé en simultané. J’étais dans une nouvelle dynamique, je réfléchissais à des sujets, j’avais de nouvelles envies. Une amie m’a proposé de me présenter à des membres du collectif. Quelques jours plus tard, j’étais intégré. Ça s’est fait très naturellement.

  • Comment définiriez-vous votre univers artistique ?

Je dirais qu’il est fantastique au sens large. J’aime créer des univers imaginaires, partir de zéro. J’ai un goût très prononcé pour tout ce qui est tentaculaire ! Dans mon travail, je peux réaliser des choses très sombres, et à l’inverse aborder des thèmes avec un peu plus de légèreté. Par exemple, j’ai récemment exposé au Pois de Senteur, un magasin de fleurs à Ethe, des œuvres représentant des fleurs dans un esprit un peu fantastique.

  • Adapter votre travail à un lieu ou à un thème imposé, c’est quelque chose que vous faites souvent ?

Oui, c’est un exercice récurrent au sein du collectif Blaclava. Chaque début d’année, on se donne un thème commun à explorer librement, comme « les rivières volantes », un phénomène lié à la concentration d’humidité au-dessus de l’Amazonie. Moi, j’ai pris ça au pied de la lettre et j’ai créé des scènes de rivières suspendues dans les airs. Cette année, le thème est « Vortex », et là encore, je le traite de façon très littérale.

  • Votre manière de créer a-t-elle évolué depuis vos débuts ?

Oui, clairement. Aujourd’hui d’ailleurs, je travaille sur une nouvelle forme de création : je dessine, je découpe, je mets en volume, j’intègre du fil de fer… C’est une manière de faire ce que l’intelligence artificielle ne peut pas reproduire. L’émergence de l’IA était un constat un peu déprimant, mais cela m’a amené à trouver une autre forme de création J’ai plein d’idées, nouvelles et anciennes, que j’ai envie d’explorer.

  • Quand vous commencez une œuvre, c’est plutôt instinctif ou très réfléchi ?

La plupart du temps, cela part d’une envie. J’ai souvent une image en tête que je cherche à atteindre. Ça m’oblige à progresser sans cesse. Par exemple, pour ma première expo avec le Balaclava, j’avais en tête un visage un peu morbide, avec des tentacules en plâtre sortant du nez et de la bouche, ainsi qu’une cicatrice qui « lâchait » le tout. Des mois plus tard, j’ai réalisé en parlant avec des gens, que j’avais créé un autoportrait. Les tentacules représentaient le travail qui sortait de moi-même, la cicatrice indiquait que quelqu’un prenait soin du personnage et le soignait. Au premier regard, les gens y voient un monstre, mais c’est en fait plus une victime de lui-même. La compréhension de l’œuvre s’est ainsi révélée après coup.

  • Vous parlez des tentacules comme d’un motif récurrent. Y a-t-il d’autres éléments qui reviennent dans votre travail ?

Oui, les hublots par exemple. Et les réseaux. Dans un de mes dessins, on voit des yeux reliés entre eux par des tentacules, comme des connexions neuronales. J’aime beaucoup jouer avec ces structures.

  • Est-ce qu’il y a une émotion ou un message particulier que vous souhaitez transmettre à travers vos œuvres ?

Je pense que chaque artiste cherche à transmettre quelque chose. Mais est-ce qu’on y arrive ? C’est difficile à dire ? Ce sont surtout les retours du public qui nous le font comprendre.

  • Intégrer le collectif Balaclava a-t-il influencé ou enrichi votre manière de créer ?

Oui, c’est certain. On apprend plein de petites choses en se confrontant aux regards des autres. Au départ, je n’étais pas emballé par l’idée de travailler en groupe, mais aujourd’hui, je vois à quel point cela amène énormément de choses. On échange, on se nourrit des retours des autres, de leurs conseils. Puis, comme je suis quelqu’un qui doute beaucoup, ça m’aide. Et comme je le dis souvent, ce doute est une force, car cela m’oblige à être plus précis, plus tenace. Et au final, il devient un moteur.

  • Est-ce que vous avez des projets en cours ou à venir ?

À partir du 5 juillet, je participerai à une exposition dans les Caves de l’Hôtel de Ville à Virton. Le vernissage se déroulera le 4 juillet à 18h. Avec le collectif, nous organisons également une exposition, un mini Cuest’Art, les deux premiers week-ends de septembre au Balaclava sur le thème « Vortex ».

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