Interview exclusive d’un artiste libramontois qui défend la culture

Dans la situation actuelle, les artistes – comme beaucoup de secteurs – en voient de toutes les couleurs. Et même avec une optique de réouverture, le stress reste présent. Nous avons pu interviewer Quentin Chaveriat, ce jeune artiste originaire de Libramont, qui n’est pas passé inaperçu au premier déconfinement (plus d’infos sur cette histoire par ici). Il nous parle de ses projets et de son implication dans les appels aux décideurs, comme le mouvement Still Standing for Culture… Ce jeune artiste commençait à pouvoir envisager de vivre son métier à l’arrivée de la crise sanitaire et bien entendu, tout a basculé. Il nous partage son avis sur la gestion de la situation dès le début, le poussant à “déconfiner les revendications” des acteurs culturels. Après un an de covid-19, Quentin nous explique également le point de vue des collectifs d’artistes et d’autres secteurs qui luttent aujourd’hui pour se faire entendre des politiques : ils manifestent pour que ces derniers ouvrent les yeux sur la pandémie, sur la difficulté qu’ils vivent et sur les gros problèmes qui s’annoncent si un plan de relance n’est pas mis au point en pensant à tous les secteurs fragilisés. On vous dit tout.

Bonjour Quentin ! C’est un plaisir de pouvoir échanger avec toi sur tes projets d’artiste mais aussi sur la situation actuelle, fort compliquée.

Tout d’abord, parle-nous un peu de ta passion. Comment cela t’est venu ? Qu’est-ce qui te plaît le plus dedans ?

J’ai fait un master en Arts du Spectacle. À la base, je voulais étudier la musique live, les concerts et j’avais toujours rêvé de travailler du côté de l’organisation. J’avais fait du théâtre vaguement quand j’étais adolescent, mais je ne me rendais pas compte de tout ce qui était possible de faire : j’avais une vision un peu poussiéreuse du théâtre. Je l’ai redécouvert en deux temps : j’ai rencontré des grands noms du théâtre belge à Namur, Fabrice Murgia, Anne-Cécile Vandalem et Peggy Thomas, et leur spectacle m’a bouleversé. Et puis, en m’inscrivant par curiosité à un atelier découverte à Bruxelles, je me suis aperçu que c’est quelque chose que je pouvais faire. C’est un métier très polyvalent : tu danses, tu chantes, tu écris, tu crées, tu interprètes. Tu as des tas de facettes différentes au sein d’une même profession, ça correspond bien à mon côté dispersé… Je pense que c’est l’ouverture des possibles au début qui m’a attiré le plus.

J’y trouve beaucoup de sens dans le rapport au vivant. Ce qui m’intéresse vraiment, c’est le contact avec le public, et ce qui se joue entre la scène et la salle. C’est ce qui donne du sens au métier. C’est aussi la raison pour laquelle je milite pas mal contre le streaming et les captations culturelles.

La force du théâtre, selon moi, c’est ce lien social direct entre les artistes et les spectateurs. Proposer du théâtre en version digitale n’a aucun sens à mes yeux. D’ailleurs, c’est le danger depuis la crise : on continue à détricoter les liens sociaux…


Tu as créé ta propre compagnie… Ce n’est pas rien ! Mais pourquoi l’avoir appelée “Sombre Compagnie” ? Que représente-t-elle pour toi ?

C’est né de mes toutes premières expérimentations, à mes débuts au conservatoire. J’ai fait pas mal de petites performances expérimentales en lien avec mes passions… Dans cette recherche, je suis tombé sur le buto : une pratique performative japonaise du 20e siècle qui m’a fascinée par son côté exploration de la face sombre de l’être humain. C’est de là que vient le nom de la compagnie. Ça ressemble aussi à une grosse blague… D’ailleurs, il y a le « sombre con » qu’on entend, qui m’amusait bien.
Je suis allé au Japon apprendre cette discipline avec un maître et à mon retour, j’ai voulu voler de mes propres ailes, créer mes propres trucs et utiliser cette structure de compagnie. Celle-ci s’est développée avec toutes les performances que j’ai créées autour de la discipline… J’ai organisé des espèces de laboratoires de recherche autour de cette danse à Bruxelles. C’est comme ça que s’est créé un collectif de jeunes (et moins jeunes) artistes bruxellois qui pratiquent le buto, qui créent des performances de buto ou autour du buto… C’est un collectif plutôt actif et autonome, qui fonctionne même sans que je sois directement dedans. Ainsi maintenant, ce n’est plus exclusivement ma compagnie : le nom a été repris petit à petit par ce collectif qui pratique le buto. Je trouve ça assez beau de créer quelque chose et puis que des gens se reconnaissent dedans et s’en approprient le nom. Ce n’est pas la propriété de quiconque, c’est juste quelque chose qui rassemble les gens…


Tu es aussi assistant à la mise en scène pour la compagnie de Frédéric Dussenne… Est-ce que c’est un choix d’équilibre financier ou de passion ?

Cela a contribué à payer mes factures mais ça ne me permettait pas de gagner ma vie. Cela ne suffit pas. Tant que je n’ai pas le statut d’artiste, c’est quasiment impossible de ne vivre que de ça, même si je n’ai pas beaucoup de charges. Il y a des mois un peu creux, donc j’ai travaillé dans un bar à bières pendant plusieurs années et puis dans un restaurant. J’enchaînais parfois des répèt’ la journée et le soir le restaurant. Quand le covid est arrivé, j’étais dans la démarche pour pouvoir obtenir le statut d’artiste… afin d’avoir cette sécurité financière et pouvoir me consacrer à temps plein à ma discipline.

Le mythe de l’artiste qui doit travailler au café pour vivre, c’est chouette, ça a un côté un peu bohème… mais ce n’est pas vivable sur le long terme : tu es épuisé.

Tu n’as pas les mêmes disponibilités au travail parce que le soir, tu as dû fermer ton bar à une heure du matin… Ça, c’est pas possible. Même au niveau des auditions, c’est très discriminatoire ! Ce sont ceux qui ont les moyens de ne pas travailler à côté ou qui ont des parents qui peuvent assumer la chose, qui ont plus de temps pour préparer les auditions… et qui obtiennent les rôles.
C’est vraiment important d’avoir un vrai statut et une vraie sécurité financière pour tout le monde, pour se donner une vraie égalité de chance dans l’accès à cette profession.


Quels étaient tes projets avant que le covid et les mesures sanitaires ne chamboulent tout ?

Concrètement, on devait jouer « Cymbeline » de Shakespeare au Théâtre des Martyrs, une mise en scène de Peggy Thomas. Ça a été reporté à la saison d’après, c’est-à-dire cette année… Là maintenant, on est censé le jouer. On l’a créé, on a été payé pour ça… mais la direction du Théâtre des Martyrs n’a pas voulu reporter à nouveau le spectacle pour des raisons de « bouchons » dans les programmations des théâtres. On comprend tout à fait que c’est le casse-tête pour reporter tous les projets annulés suite aux mesures, mais c’est incompréhensible de ne pas être reportés du tout.
C’est un projet qu’on espère pouvoir diffuser, même si ce n’est pas la même chose… On nous a proposé un streaming live et une captation Auvio en lieu et place des représentations devant public. On a invité des professionnels à voir quelques représentations... On espère pouvoir le vendre, on verra.


Comment vis-tu la pandémie en tant qu’artiste ?

Financièrement, le covid, ça a été pour moi la grosse panique, surtout dans un premier temps. J’ai dû travailler deux mois dans un magasin bio pour ne pas tout perdre d’un coup… Mon travail théâtral a été suspendu. Il n’y avait pas de chômage temporaire à l’époque et je n’avais pas encore mon statut d’artiste

Avec le mouvement Still Standing for Culture, on a beaucoup soutenu la proposition de loi pour une aide financière aux artistes sans statut. Elle a été votée au mois de juillet et à partir d’octobre (c’est évidemment très long), j’ai pu bénéficier de cette allocation. Ce n’est pas grand-chose, c’est moins de 1000€ par mois, mais ça me permet juste de pouvoir souffler un peu et de ne plus me sentir en danger. De toute façon, pour le moment, il n’y a pas d’horeca et trouver du travail, c’est la galère absolue… Je ne sais pas encore ce qu’ils sont en train de préparer pour la réforme du statut d’artiste. Je ne sais pas du tout quand les mesures d’urgence vont s’arrêter, ni si j’aurai droit à un statut d’artiste quelconque, c’est le flou total ! J’espère que tout le travail que j’ai fourni va compter… Mais j’ai encore de la chance, je connais des gens qui n’ont droit à rien du tout. Et c’est l’enfer parce que les syndicats sont débordés : ce sont des mois où les travailleurs et travailleuses n’ont aucun revenu.


Quel avenir vois-tu pour le secteur artistique ?

On s’attend à une crise économique pour le secteur culturel, s’il n’est pas re-financé mieux qu’avant (et pas un petit refinancement à coup de pansements, comme depuis le début de la crise)… On a besoin d’un vrai plan de relance qui pourrait permettre à toutes ces compagnies, qui ont vu leurs projets annulés, de se relancer. Sans cela, un spectacle comme Cymbeline – avec neuf comédiens, un décor monumental, une vraie ambition au niveau de la scénographie et de l’équipe technique -, ça ne sera pas viable. Et qui va acheter ça à l’heure actuelle ? Il n’y aura plus que des seuls en scène ou des duos avec décor minimal… S’il n’y a pas de plan de refinancement de la culture, c’est ce à quoi on doit s’attendre. Ce n’est vraiment pas une situation enviable. C’est donc une priorité au-delà des mesures d’urgence : avoir un vrai refinancement du secteur, un geste fort. On a quand même morflé tout au long de cette crise. On a été parmi les plus impactés, on a été les premiers à fermer et les derniers à rouvrir. Je pense qu’un geste à hauteur des dommages qu’on a subi ne serait pas de trop, ce serait même décent… !

En fait, mis à part ça, les jeunes travailleurs, travailleuses et jeunes artistes dont je fais partie et qui n’avaient déjà pas grand-chose avant la crise, il y a un vrai désir de travail. Il y a du découragement, etc., mais il y a aussi plein de projets qui naissent ! Tout le monde travaille un peu dans son coin pour avoir des projets à proposer quand ça va rouvrir ! Ça ne va pas arranger les bouchons dans les théâtres… Mais derrière ça, il y a toute une génération qui a soif d’agir, qui a des idées, de l’énergie à revendre, qui fait des choses et qui prépare des projets…

Ce qui serait vraiment dommage, ce serait de rentrer dans un système de compétition entre toutes ces personnes pleines d’idées ! Vu les dommages psychologiques déjà causés par la crise, il faut empêcher ce phénomène de compétition entre les jeunes compagnies parce qu’elles sont en train de préparer des choses pour pouvoir (sur-)vivre. En plus de leur plaisir de créer, il y a aussi cette question et ce désir de vivre de leur métier. C’était déjà très compliqué d’obtenir un statut d’artiste avant mais à l’heure actuelle, c’est impossible. Les gens se créent leur travail du coup, mais il faut soutenir ça ! C’est là que le refinancement intervient encore. Je pense qu’il faut refinancer prioritairement les jeunes compagnies, les commissions d’aide aux projets ponctuels. C’est la jeune génération de demain qui va faire le théâtre de demain. Sinon on va perdre un certain nombre d’artistes brillants, qui vont se décourager. Évidemment, il faut maintenir les contrats programmes tels qu’ils sont établis avec les compagnies plus confirmées. Mais il y a une vraie attention à avoir au niveau des jeunes travailleurs, notamment de ne plus accepter que certains gros noms soient privilégiés dans les aides d’argent, mais que celles-ci soient réparties équitablement à des compagnies et artistes, et non plus à des institutions (qui fonctionnent encore beaucoup au copinage).

Il y a aussi de nouvelles pistes de directions de théâtre qui sont explorées par plusieurs lieux… Ces nouvelles pistes laissent augurer de l’espoir mais pour un certain nombre de grands théâtres, on a encore une direction patriarcale qui « sait ce qu’est le théâtre » et qui va mener leur vaisseau comme une entreprise. Évidemment, il y a un aspect financier à ne pas négliger, mais on espère que le théâtre c’est autre chose que ça… C’est le sens de ce qu’il se passe avec l’occupation de la Monnaie. L’occupation du Théâtre royal de la Monnaie, ce sont des jeunes artistes qui n’ont rien à perdre et se battent pour avoir le droit d’exister.

D’ailleurs, ce qui est très dommage, c’est le manque de solidarité entre artistes déjà confirmés et ces artistes plutôt jeunes qui galèrent. Il y a très peu d’artistes confirmés qui nous rejoignent pour soutenir l’appel à l’aide aux décideurs. C’est un gros silence au niveau des stars ! On a eu un peu de soutien à l’époque des Still Standing for Culture, mais il a fallu les tirer… On se rend compte que c’est un vrai combat et on a des questions qui se posent au-delà même de la crise. On parle beaucoup de la phrase « pas de retour à l’anormal », formulant la demande par rapport à ce qui n’allait pas avant la crise.


Est-ce que tu penses que tu pourras relancer tes projets après “tout ça” ?

Cela va dépendre. On a tous très peur de ces embouteillages. Déjà quand tu proposais un projet de théâtre à une institution, tu savais que tu n’allais pas pouvoir le proposer avant 2-3 ans… Mais là, on est sur du temps encore plus long. Pour le moment, les directeurs/directrices de théâtre ne répondent même plus à nos sollicitations.

Ce n’est vraiment pas facile, je pense que je vais pouvoir relancer certains projets… Maintenant, il va falloir aussi réinventer un peu les réseaux de diffusion, en veillant à ne pas se précariser… ce qui est le gros danger. Se réinventer, c’est super. Dans la rue, c’est super, mais ce n’est pas ça qui paye le pain et le logement ! S’il y a un statut pour tous les travailleurs et travailleuses, pourquoi pas ?!

Pour toutes ces raisons, on ne peut pas faire sans les institutions car pour le moment, ce sont elles qui ont l’argent. Tu n’auras jamais l’aide pour les projets ponctuels si tu joues dans un squat… Alors qu’il faudrait : la culture alternative ne doit pas être un prétexte à la paupérisation de l’artiste !


Comment décrirais-tu la différence entre les premières performances pour défendre la culture… et les actions du mouvement Still Standing for Culture ? On dirait qu’aujourd’hui il y a plus de gens impliqués et plus de réflexions pour diffuser le message… Qu’en dis-tu ?

Je n’ai pas été le premier à prendre la parole au moment de la crise, mais j’ai été le premier à sortir dans les rues. Il y avait une terreur de l’extérieur. Les gens gueulaient sur les réseaux sociaux, ce qui m’exaspérait au plus haut point : à un moment donné, il fallait passer à l’étape supérieure. À l’époque, j’avais utilisé le terme « déconfiner les revendications. »

Il y a du chemin parcouru entre cette première performance et les actions récentes de Still Standing et des occupations. On est passé de préoccupations propres au secteur, plutôt égoïstes (et c’était normal, on était dans la merde totale, on n’avait plus de quoi bouffer ni payer le loyer !) à une approche plus structurelle et intersectionnelle. À présent, on intègre plus activement les autres luttes, les autres secteurs : au Théâtre National, on était avec l’Union des Sans-papier pour la Régularisation… Au Théâtre royal de la Monnaie, ils donnent à entendre les voix des autres secteurs de la crise qui sont invisibilisés comme les travailleurs du sexe, la lutte contre la pauvreté et aussi la régularisation des sans-papiers…

Ce qui pose problème, c’est le capitalisme patriarcal (je le nomme comme ça), c’est un ennemi commun contre lequel on se bat, parce qu’il néglige toute une série de secteurs au nom de l’argent. Même si les luttes sont différentes et s’il ne faut pas les mélanger pour préserver leurs spécificités, elles ont tout intérêt à se mettre ensemble pour faire poids et se soutenir les unes les autres. On l’a compris et ça, c’est pour moi la première grosse avancée. La deuxième, c’est qu’on s’est rendu compte que ce n’est plus seulement une crise.

Il faut être réaliste, la question de la pandémie va durer un temps certain. Il faut se préparer à d’autres vagues, d’autres variants du virus ET il faut se protéger sur tous les plans. Il va donc falloir des vraies aides et revoir le système complètement pour ne pas se retrouver dans la merde et que nous, secteurs fragilisés, devions payer les pots cassés !

Donc on ne veut pas de retour à ce qui était déjà anormal ! Le but n’est pas de demander la réouverture des lieux culturels si c’est pour refermer dans trois mois. Non, on demande un vrai changement de paradigme ! C’est là qu’on a beaucoup progressé depuis le début de la lutte… Il faut savoir que le secteur culturel n’est pas forcément habitué ici en Belgique à une forte lutte. Il y a des manifestations bien sûr, comme le mouvement No Culture, etc. Mais on se rend compte que beaucoup de gens n’étaient pas habitués à faire des manifestations et encore moins à faire des occupations ou rencontrer d’autres luttes. Les gens le faisaient de manière individuelle, mais n’étaient pas du tout organisés. Là, on est passé par des expériences plus ou moins concluantes, on s’est confronté à pas mal de problèmes mais c’était tout à fait normal parce que c’était une expérience nouvelle pour la plupart d’entre nous ! On apprend de nos erreurs. On arrive à des actes de résistance tels qu’au Théâtre de la Monnaie : la direction nous a dit « vous ne pouvez pas rester parce qu’on fait un opéra en livestream… », on a dit « non ça ne se passe plus comme ça maintenant, on résiste » et les gens sont rentrés de force dans le théâtre, les occupants ont désobéi. On a fait un seating et un rapport de force avec la police… on n’a pas totalement gagné mais quand même. On a pu maintenir l’agora, ce qui est très précieux… ça se passe lentement, mais ça se passe et on évolue dans la lutte.


Et pour Still Standing for Culture ?

En janvier, on a fait théâtre sur la place de la Monnaie : on organisait une représentation tout en disant « ceci n’est pas une représentation, c’est un acte politique » ! On a ouvert les vitrines, utilisé toutes les zones grises : les théâtres se sont transformés en musées, les cinémas se sont transformés en musées, en zoo aussi… Il y a pas mal de lieux qui ont utilisé ce prétexte pour faire entendre leurs voix. Le mois dernier, il y a eu une participation plus grande à Still Standing for Culture au niveau national.

On en arrive à des actions de désobéissance, notamment suite à ce qu’a fait Quentin Dujardin à l’église de Crupet et puis dans d’autres lieux. On se dit que les mesures sont débiles, on désobéit. On fait notre propre calendrier, on fait nos propres règles. On n’écoute plus ces gens cyniques au gouvernement qui se moquent de nous. Bien sûr, on s’organise pour le faire intelligemment dans le respect des mesures sanitaires. Mais on n’attend plus, il n’y a plus de raison d’attendre.

Le 13 mars, le débat s’est organisé avec des épidémiologistes, des psychologues, etc. On a étendu le champ de recherche à d’autres disciplines que juste les virologues de la télé, pour justement créer notre narration de la crise et faire entendre la voix des secteurs sociaux qui ne sont pas entendus depuis le début de la crise, qui ne sont pas valorisés et qui sont oubliés.

Je suis persuadé que toute action est importante, que toute forme de désobéissance est importante. Il ne faut pas être peureux, frileux. Il faut être courageux. Il ne faut pas avoir peur de froisser les politiques. Il y a eu beaucoup de méfiance au niveau de certaines fédérations professionnelles au début : ils avaient peur que les politiques ne soient pas contents, que ça fasse foirer le lobbying politique faite par certaines fédérations. Mais pour moi, ce sont deux aspects qui se complètent. Il y a aussi besoin d’aller dans la rue et de faire des actions fortes de désobéissance.

Oser dire non, c’est important. Tout simplement parce que les gens en ont besoin. Les gens ont besoin de s’exprimer, de se retrouver, d’agir ensemble… Les gens étouffent. Ça s’est vu dans le bois de la Cambre ! Que ça s’exprime dans des actions plus structurées comme celles du Still Standing ou au théâtre de la Monnaie, c’est tant mieux. Mais c’est con de réprimer des occupations plus structurées qui essayent de respecter les gestes barrières, comme La Monnaie : la police a notamment réquisitionné tout le matos son sous ordre du bourgmestre de Bruxelles, parce qu’ils trouvaient que les gens y dansaient trop… Résultat ? Ils ont fait l’agora a capella et les gens se sont rapprochés pour entendre, il n’y avait plus vraiment de distanciation sociale à cause de cette action de répression ! Quel est leur objectif au final ?

Je pense que les messages de résistance et de désaccord comptent tous face au manque de logique et face à la négligence de certaines réalités dans cette gestion de la pandémie. C’est la résistance et l’entraide qui vont faire la différence et vont faire en sorte que les décideurs nous entendent…

Merci pour toutes tes explications, Quentin. On croise les doigts pour que les décideurs entendent ton message et la voix de tous les secteurs en difficulté aujourd’hui…

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